Ouvrir la voie.

Je me suis mis en tête de désherber l’allée du garage, aujourd’hui ; je pense que ça n’avait jamais été fait, ou alors y a longtemps…
Pas avec cette saloperie de Roundup, tu t’en doutes, mais à l’ancienne, tout à l’huile de coude.
D’autant qu’au stade où on était rendu, y avait même par endroit une vraie couche de terre à virer.
Bref.

Rapidement, je me suis retrouvé avec une douzaine de gosses dans les pattes, lesquels s’échangeaient spatules, brosses, balai…
J’aurais pu monter me chercher une bière, et les driver comme des stagiaires ; mais c’est pas ma façon de manager.
J’ai continué tête dans le guidon, pour montrer l’exemple, encore plus les motiver.
Une heure après c’était plié, le bordel débarrassé.

J’ai sorti la bécane parce qu’ils m’ont supplié, et qu’après ça je pouvais pas leur refuser.
J’ai fait un aller-retour sur le parking, ils me courraient tous derrière ; j’avais l’impression d’être Rocky qui traverse Philadelphie.
C’était un peu la fête des voisins avec vingt-quatre heures de retard.

Vivre ensemble, ça se peut, ça peut même être cool.
Les jeunes, y font des fois de travers, quand ils laissent des merdes sur le terrain j’ai envie de les tarter.
Mais quand je sors avec un sac, y en a qui viennent ramasser, un peu plus nombreux à chaque coup.
Y commencent à se fliquer un peu entre eux, à s’autodiscipliner.
L’espoir est permis.

P.S.:
J’apprends plus tard que mes mômes sont allés taper dans leurs tirelires, pour filer 50 cents à Quentin, clairement le plus zélé de la bande hier comme d’habitude.
Qui leur a dit que tout travail mérite salaire ?
C’est qu’ils me feraient passer pour un radin !
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L’ère des algorithmes.

Il lui fallait de nouvelles photos d’identité, pour se réinscrire à la danse.
Je me souvenais de cette petite adresse, sur Mouscron, où la mairie m’avait envoyé faire les miennes lors de mon arrivée en Belgique…

C’était chez une dame déjà bien âgée, elle nous avait aimablement reçus dans son salon-studio, presque un musée, la pièce ayant probablement peu évolué ces cinquante dernières années.
Je m’étais dit qu’elle s’entendrait probablement bien avec ma grand-mère maternelle ; d’abord parce que tout le monde aime Nonna, et ensuite parce qu’elle partage le même goût en matière de déco.
Bref, on s’était sentis comme chez nous, enfin, comme chez elle, ma grand-mère.

Au moment du cliché, attention !
Le droit à l’erreur n’existait pas, son appareil (probablement amorti dès 84) imprimant directement sur papier glacé l’image capturée, en plusieurs exemplaires au format approprié.
Une expérience, un voyage dans le temps.
Au moment de payer, ce n’était pas donné : huit-dix euros, quelque chose comme ça.
Mais on pressentait que ce fric allait directement servir à acheter des patates, de la Jupiler, et de la pâtée pour le chat.

Du coup aujourd’hui, c’est sans hésiter qu’on y est retourné.
L’enseigne « PHOTO » était toujours là, accrochée à la façade de sa maison.
On a sonné, patienté ; elle est arrivée, apprêtée, son manteau sur le dos, pour sortir j’imagine.
Quand on lui a demandé si on pouvait solliciter ses services à nouveau, elle nous a appris qu’elle avait cessé son activité le 31 décembre dernier.
Alors, déçus pour nous mais contents pour elle, on lui a sincèrement souhaité une bonne retraite.
A son âge, elle ne l’a pas volée !

Parce qu’il fallait bien un plan B, on s’est rabattus sur le Photomaton de la gare de Tourcoing, déserte à cette heure-là.
Une expérience, aussi, une épreuve, même.
Bienvenue dans un univers froid, déshumanisé, où une boite te parle sans que tu puisses lui répondre, où un algorithme te dicte ta conduite, où les consignes doivent être respectées à la lettre si tu veux voir le service délivré.

Au moment fatidique, j’ai sorti une connerie pour la faire marrer.
Elle est toujours plus photogénique, quand elle sourit spontanément, son visage s’illumine, et tant pis si on y voit sa dent pétée par une gamelle à biclou.
Mauvaise idée ; machine pas aimer.
Même un sourire esquissé : refusé.
Au troisième essai, elle faisait la gueule comme si je venais de lui annoncer qu’on déménageait dans une caravane en Roumanie !
Automate ok, imprimer.
Saloperie…
Nous v’là avec cinq beaux clichés d’une tête de mort.
Ca fait peine à voir, mais ceux-là sont conformes, d’après la funeste voix de synthèse qui nous téléguidait.

Robots de merde.
Normes de merde.
Monde de merde.
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Un argumentaire en béton lourd.

Lui :

P’pa, est-ce que je peux manger ma sucette maintenant ?

Moi :

Nan.

P’pa, est-ce que je peux prendre ma sucette pour la manger au centre ?

Naaaaan.

P’pa, est-ce que…

Lâche-moi, avec ta sucette. Tu veux entendre oui ? Demande-moi si j’ai envie de te coller mon pied au cul…

Hahaha ! Nan, mais, est-ce que je pourrais manger ma sucette ce soir en rentrant ?

Ecoute, d’ici ce soir y aura peut-être eu une guerre nucléaire, ça se trouve on sera tous morts, alors on verra, hein ?

Bah justement, alors je pourrais plus manger ma sucette, du coup je la prends maintenant, ok ?

Retenez-moi.
Retenez-moi, je vais l’étrangler.
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Langage hirsute.

Elle :

Merde !

Moi :

Eh, t’as fini de parler comme ça ? T’as envie de choper de la moustache ?

Elle :

Quoi !? Ca fait pas pousser la moustache de dire des gros mots…

Moi :

Et comment tu crois que la mienne est apparue ? Et tes oncles, tu les as entendus causer ? T’as vu la barbe qu’y se trimballent, maintenant ? Bon.

Lui :

Putain de merde, putain de merde, putain de merde…

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Privilège blanc ?

Elle :

On vient d’écouter tout une playlist, et elle a dit seulement deux gros mots. Angèle, elle, elle arrête pas de faire des doigts d’honneur dans sa chanson ! Après, « soi-disamment » c’est Aya Nakamura qui est grossière…

Je crois qu’elle est sur le point de réaliser qu’on te perçoit pas de la même manière, selon que t’es une grande noire ou une petite blonde.
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Egoportraits en pagaille.

Le week-end passé, après avoir sauvegardé celles que je souhaitais conserver, j’ai purgé toutes les images de mon téléphone.
Ce dernier depuis quelques temps se plaignait de manquer d’espace…
Ce soir, je trouve quarante-deux clichés dans le bazar !
Cinq photos de mes chiottes, et trente-sept selfies de mon gosse.
Et moi qui me demandais ce qu’il pouvait bien foutre de six à huit, alors que sa sœur et moi on pionce encore…
Bah des conneries, tiens !
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