Montez à bord de « La navette du coiffeur » .

La coupe du fiston méritait d’être rafraîchie. Je lui ai donc proposé d’embarquer dans ce Heuliez GX 17 appartenant à Adel, le créateur de « La navette du coiffeur » . Si vous avez comme moi grandi dans les années 80, peut-être reconnaissez-vous ce minibus construit sur base de Renault Master ? Encore que l’engin a toujours été rare, à peine une centaine d’exemplaires ayant paraît-il été produite durant cette fameuse décennie.

Notre camarade, lui, n’était pas né à l’époque : il vient juste de fêter ses 23 ans. Et l’idée qui nous intéresse lui vient durant le premier confinement, alors qu’il prépare le brevet professionnel requis pour ouvrir son propre salon de coiffure. Malgré les restrictions en vigueur, attiré par une annonce comme on en voit pas tous les jours, il prend le risque de se rendre en région parisienne pour acquérir cette curiosité autrefois exploitée par la mairie de Maison-Alfort.

S’ensuivent quasi deux ans d’un ambitieux chantier. Les sièges passagers notamment sont éliminés, mais pas la porte accordéon ou le système de demande d’arrêt qui contribuent au charme désuet de ce véhicule vintage. Pragmatique, Adel capitalise sur la déco d’origine soigneusement conservée pour concevoir sa propre image de marque, et apprécie les nombreux vitrages qui laissent entrer la lumière naturelle dans son atypique lieu de travail.

Ainsi même transformée, sa camionnette reste dans son jus, garde une belle authenticité. Au rayon des équipements on peut signaler la greffe d’une direction assistée, la présence d’une imposante batterie alimentée par un panneau solaire (ou si besoin un groupe électrogène), l’installation d’un réservoir et d’une pompe fournissant 200 litres d’eau tiède… Bref, tout le nécessaire pour accueillir confortablement ses clients.

Par conséquent ceux-ci peuvent patienter en dégustant un café et en profitant du wifi, sinon de la radio ou de la télé. Le micro-ondes, lui, est surtout là pour procurer des serviettes chaudes. Cette installation est naturellement l’oeuvre d’un électricien qualifié, tout comme la sellerie fut confiée à un artisan. Pour le reste, les coups de pattes de l’entourage (et en premier lieu du daron) se sont révélés bien précieux.

Le résultat des modifications entreprises a passé la délicate épreuve du service des Mines ; et la réduction de poids obtenue rend la conduite de cet utilitaire accessible aux titulaires du permis B. Par ailleurs l’épargne qu’il s’est constituée en étant auparavant coiffeur à domicile (complétée par le fruit de la vente de sa modeste auto perso) ont suffi à notre entrepreneur (qui n’hésite pas à bosser le dimanche) : il a pu se passer du soutien des banques !

Adel ne cache pas un attachement certain à la liberté, lequel ne date pas de l’inauguration de son concept (a priori) inédit dans la région, en mars dernier. Je pense que de caractère il ne manque pas non plus. La mairie lui avait initialement suggéré de se poser à proximité d’une certaine station de métro ; mais lui ne souhaitait au contraire pas être cantonné à cette zone. Dans les faits, on lui accorde finalement de s’installer autour des plus beaux parcs de la ville.

Et c’est mérité ! Voilà un jeune gars visiblement décidé à faire mentir plus d’un préjugé. Puisse-t-il inspirer d’autres Tourquennois, et même d’autres Français. Car :

« On est pas condamné à l’échec… »

Comme chante un certain Alix Mathurin.

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